****************************************************************
Badge of the Deuxième D.B. HOME PAGE (ANGLO-FRENCH)
1. L'ANGLETERRE 6. NORMANDIE
2. POINTE NOIRE 8. L'ALSACE
3. KANO 9. GRUSSENHEIM
4. LE CAIRE 10. L'OBERSALZBERG
5. SABRATHA 11. LE FIN DE LA GUERRE
*********************************** *************************************

7. La Libération De Paris.

© Copyright 2000 Gaston Eve

Note générale:
L'objectif des unités commandé par le capitaine Dronne est de sécuriser immédiatement d'une position centrale dans le coeur de la ville. Ce résultat a été obtenu par des moyens de contourner les défenses allemandes. En attendant le reste de la Deuxième Division Blindée a continué à lutter avec obstination son chemin dans la ville contre les défenses bien préparé, une lutte qui finit par leur coûter 78 morts et 300 blessés.


Vers Paris. ( 23 août - 8 septembre 1944 )
Nous dormions dans les vergers. Le Lieutenant Michard prenait son tour de garde et prenait grand soin de ces questions de sûreté. Il allait souvent s'assurer, la nuit, que tout allait bien, Jamette et l'équipage du Montereau sont partis un jour pour percevoir le remplaçant du Montereau. Ils sont revenus avec le dernier modèle de Sherman qui possédait un très long et très puissant canon. Il a été baptisé Montereau II et le Lieutenant Michard a fait peindre le mot «Revanche» sur chaque côté du canon.

De temps à autre, nous étions en contact avec des unités américaines, et leurs chars étaient restés tels que sortis de l'usine. Ils devaient se demander, ces américains, quels étaient ces chars avec de grands noms, des numéros et des insignes !

Les nouvelles chenilles du Montmirail sont arrivées un soir à la nuit tombante. L'adjudant Henri Caron s'occupait du matériel de la Section. Nuit ou pas nuit, ça devait être fait immédiatement. Rien n'était remis. Nous n'avions aucune lumière, mais ce fut fait quand même. Dans la nuit, Montmirail avait ses chenilles neuves, avec trois ou quatre patins sur l'avant, comme rechanges.

Tout à coup, nous avons été réveillés par un grand brouhaha et nous nous sommes levés aussitôt car nous dormions tout habillés. Caron et le Lieutenant Michard nous ont annoncé que nous partions dans deux heures et que nous allions vers Paris. Tout le monde riait. Henri Caron frappait tout le monde dans le dos, avec ses mains qui n'étaient pas légères, nous nous serrions les mains, nous nous jetions dans les bras les uns les autres. Pourtant il ne fallait pas élever la voix ni faire de bruit. Ce fut un moment fantastique.

Comme tous les mouvements de la Division, le départ de la DB a été superbement organisé. Pas la moindre lumière, les pilotes faisant le moins de bruit possible, moteurs au ralenti et sans changer de vitesses.

Pendant deux heures nous avons marché au ralenti pour nous éloigner. Quand il a commencé à faire jour, au premier arrêt, nous nous sommes aperçus que les chenilles chauffaient car ça sentait le caoutchouc. Les chenilles étaient tellement brûlantes qu'on ne pouvait pas mettre la main sur le caoutchouc. Nous avons cependant continué ainsi, mais, de temps à autre, j'arrêtais le Montmirail à un endroit où il y avait des maisons et je demandais aux habitants de jeter des seaux d'eau sur les chenilles, ce qu'ils faisaient de bon coeur. On ne pouvait s'arrêter longtemps pour recheniller car on aurait perdu la Compagnie. Les seaux d'eau ne faisaient pas grand chose mais le Montmirail prenait quand même une douche froide. A un moment nous sommes passés à un endroit où il y avait un ruisseau, et j'ai conduit le Montmirail le long de ce ruisseau avec une chenille dans l'eau et ensuite l'autre. Ca lui a fait beaucoup de bien. La Compagnie s'est arrêtée tard dans la soirée et l'adjudant Caron a pris la situation en main. Nous avons ajouté un patin ou deux à chaque chenille avec l'aide d'une lumière. Nous étions sauvés pour prendre la route le lendemain matin avec tout le monde, mais l'Arcis Sur Aube et le Montereau II manquaient à l'arrivée, pour une raison que je ne connais pas.

Une chose m'avait beaucoup frappé en Normandie : le nombre de fermes et de maisons dans lesquelles il y avait une photo du Maréchal Pétain. J'ai compris qu'il y avait deux points de vue et cela m'a renforcé dans ma fidélité dans la France Libre.

Le 24 août, nous étions à Longjumeau, et les chars de la Section à proximité de l'Austerlitz et de l'Iena. Au moment où nous nous mettions en route, il est tombé des obus de mortiers. Un d'eux a atterri sur l'Austerlitz et deux camarades ont été tués, dont Jean Le Saoût, un volontaire de 40, qui avait maintenant 21 ans ! Le Lieutenant Michard est sorti de Montmirail et est allé vers l'Austerlitz et je l'ai vu tirer Le Saoût du char. Je suis sorti du Montmirail et le Lieutenant a demandé aux équipages de se rassembler autour de Le Saoût qui était allongé à côté de l'Austerlitz. Il avait été complètement décapité par l'éclat de mortier car sa tête dépassait à l'extérieur du char. Le Lieutenant Michard, qui était cleric minoré avant la guerre, a dit une prière pour notre camarade et nous sommes remontés en char...

Vers 7 heures du soir, mais peut-être un peu avant, le Général Leclerc est arrivé dans sa jeep et s'est rendu à pied jusqu'à la tête de l'attaque. Revenant peu de temps après, il s'est dirigé vers le Capitaine Dronne qui se trouvait devant nous. Le Lieutenant Michard a été appelé et il est revenu avec un grand sourire pour nous dire que nos trois chars allaient entrer dans Paris avec nos camarades du RMT [La "Nueva" compagnie dans 16 half-tracks. Il fut les anciens combattants du guerre civile espagnol.]. Ce fut la répétition de la scène que nous avions connue trois jours avant, en Normandie. Nous étions 15 à nous serrer la main, à nous prendre dans les bras les uns les autres, à nous donner de grands coups dans le dos et à rire de bon coeur. Ça s'est vite passé car nous sommes partis très rapidement, mais après avoir pris une décision importante.

Au moment de partir, le Lieutenant Michard a dit : «Je pars en tête». Ce n'était pas au tour du Montmirail d'être char de tête, et nous avons entendu tout de suite Henri Caron dire : «Ah non, Louis, c'est mon tour d'être char de tête et je ne cède ma place à personne». C'était, évidemment une question d'honneur à tous points de vue et Henri Caron aurait dit la même chose si ça avait été pour entrer dans un village. Le Lieutenant Michard lui a donné raison et a dit que le Montmirail serait immédiatement derrière lui. Il me semble qu'au moment du départ, un FFI servait de guide. Je crois même qu'il se trouvait sur le Romilly.

Il faisait encore clair quand nous sommes partis. Je crois que le Capitaine Dronne se trouvait en tête sur sa jeep. Nous avons démarré à bonne allure, par des routes de campagne. De temps à autre, nous traversions des hameaux et j'apercevais un visage derrière un rideau. Les rues étaient vides. A un moment, au cours d'un bref arrêt, un jeune homme et une jeune fille, de 20 à 22 ans, sont venus parler avec nous. Au moment du départ, le jeune homme s'est tourné vers la jeune fille et lui a dit : «Tu peux l'embrasser celui-là». Ce fut un très beau moment dans ma vie. Parfois, je les revois tous deux dans ma pensée.

Tout à coup, en arrivant en haut d'une côte, j'ai aperçu la Tour Eiffel, et le Montmirail a marché tout seul car j'ai jeté mes bras au-dessus de ma tête hors du char. Nous allions être les premiers dans Paris! Il y avait de plus en plus d'habitations, mais les routes restaient désertes.

Il commençait à faire nuit quand nous sommes entrés dans Paris, et nous avons touché un nouveau guide. De temps à autre il fallait contourner des arbres abattus mais c'était tout. Puis, les cloches des églises ont commencé à sonner et, à partir de ce moment là, ça a continué tout le long du chemin. Les fenêtres s'ouvraient, des centaines de personnes sortaient et croyaient que nous étions des américains. Personne ne voulait croire que nous étions une Division française. Un vieil homme incrédule répétait «Impossible, Impossible» ! Chars et HT étaient envahis par la foule. A un arrêt, tout le monde nous embrassait, sur les mains, sur nos figures qui n'étaient pas tellement propres et noires de fumées de mazout, et pleines de rouge à lèvres. Les gens nous donnaient des bouteilles et nous demandaient d'où nous étions en Amérique.

Au bout de quelques minutes il fallut partir, et, pour nous frayer un chemin à travers la foule, le Lieutenant a décidé de donner des coups de sirène en avançant très lentement. J'ai commencé a dire à ceux qui était sur le char et autour du char qu'il fallait dégager et ceux qui était autour de nous ont commencé a pousser et criait "Dégagez!" Ça a été plus effectif, et nous avons commencé a voire claire devant nous. Nous sommes parti derrière Romilly assez lentement car le passage était étroite. Tout le monde criait je ne sais quoi et faisaient au revoir avec la main. Nous répondions. Très vite, nous nous sommes retrouvés dans des rues désertes et avons dû stopper à nouveau avec les mêmes conséquences que la première fois. Le délire a été la même. Le Lieutenant Michard riais de bon coeur et parlais a tout le monde. Je n'ai jamais été autant embrassé et fêté de ma vie, ni avant ni depuis.

Le 25 aoùt 1944, L'Hôtel de Ville. De gauche à droite, Gaston Eve, Marc Casanova (blessé), Etienne Florkowski, Paul Lhopital, Louis Michard (102kb)

Image : Le 25 aoùt 1944, L'Hôtel de Ville. De gauche à droite, Gaston Eve, Marc Casanova (blessé), Etienne Florkowski, Paul Lhopital, Louis Michard.

Puis nous sommes arrivés sur les bords de la Seine, et, presque aussitôt, à l'Hôtel de Ville. La Place était tenue par la Résistance et il n'y avait aucun civil, mais beaucoup de va-et-vient de FFI avec des brassards tricolores. Henri Caron a dirigé son Romilly pour qu'il s'arrête en face des marches de l'Hôtel de Ville, tandis que le Champaubert stoppait sur la Place et que le Montmirail restait le long de la Seine. Devant nous il y avait un char allemand qui avait été détruit par la Résistance.

Les membres de la Résistance étaient nombreux et allaient et venaient en colonne. De temps à autre nous ne pouvions résister de briser leurs rangs et de les serrer dans nos bras. Il pouvait être 21 heures, 21 heures 30, [En fait 8:45] et la nuit était complète. Le Capitaine Dronne et le Lieutenant Michard discutaient avec des membres de la Résistance autour d'une carte étalée sur l'avant de la jeep. Le Lieutenant nous a dit que nous resterions sur place cette nuit.

A ce moment-là, il s'est passé un événement extraordinaire : toutes les fenêtres d'un immeuble en face de l'Hôtel de Ville se sont ouvertes et, de ces fenêtres, nos camarades de la Résistance ont tiré, ensemble, des coups de revolver, de fusil, de mitraillette, tandis que d'autres tiraient des fusées, rouges, jaunes, vertes, et ce fut une scène invraisemblable pendant une minute ou deux, au plus. Nous avons été accueillis d'une manière unique dans l'histoire militaire ! Ça a été une réception superbe et je pense que peut de soldats aurons eu une telle expérience.

Il est venu des reporteurs et commentateurs de la radio et ils ont parlé au Lieutenant Michard en temps que chef de section et il a répondu à leurs questions. Une de celle ci a été «Quelle sont les noms des chars qui sont entrée à Paris» ? Il a répondu «Montmirail, Romilly et Champaubert».

Tard dans la nuit nous avons fait un somme à côté ou sous Montmirail. Il faisait beau, nous étions bien sur les pavés. Il faisait jour quand j'ai entendu quelques personnes qui parlait à côté du Montmirail et je suis sorti du mon sac de couchage dans lequel je dormais toujours tout habillé et j'ai rencontré mes premiers Parisiens. Evidement ça a été beaucoup de questions. Florkowski, notre tireur, a fait du café et nous avons mangé de nos rations américaines que nous avons partagé avec des civils. Tout était très agréable et nous étions bien gardés par la Résistance dans les alentours !

Le lendemain, de très bon matin, les journaux sont arrivés, et le Lieutenant Michard riait de bon coeur en nous montrant la première page : «Regardez, Montmirail, Romilly, Champaubert, les premiers chars dans Paris», et il est allé voir Caron journal a la main : «Regarde, Henri, je t'ai eu, ce n'est pas : Romilly, Montmirail, Champaubert, mais, Montmirail en premier». Les deux hommes ont ri ensemble. Ils étaient très heureux et ce fut, hélas leur dernière conversation.

25 Août 1944, Lutzen en combat, Boulevard Saint Michel. Marcel Guénan.

Image : "25 Août 1944, Lutzen en combat, Boulevard Saint Michel. Pilote Marcel Guénan parle avec un RMT. Libraire endommagé et l'Iéna en arrière."

Les trois chars ont été envoyés dans des endroits différents pour nettoyer des poches de résistance. Montmirail est parti le long de la Seine et la rue était bondée de monde sur chaque trottoir. La population de Paris savait maintenant que nous étions là. Il y avait une joie énorme. Tout le monde faisait bonjour avec la main, ou nous envoyait des baisers, des gens pleuraient. Pendant quelques minutes ça a été avec la porte du pilote et co-pilote ouverte et nous aussi faisions bonjour avec nos mains. Le fait que nous allions vers le combat n'était d'aucune importance.

A un certain moment, le Lieutenant nous a dit de prendre les dispositions de combat. J'ai baissé mon siège et fermé la porte au-dessus de ma tête. Nos têtes ont disparu dans le char à part celle du Lieutenant Michard bien sûr. Je regardais dans tous les sens par mon périscope. Il y avait toujours beaucoup de monde sur chaque trottoir mais pour les spectateurs ce n'était plus la joie. Presque toute les mains pointait dans la rue qui était devant nous. Ça voulait dire «Ils sont là»! je devenais «Faites attention»! et je voyais sur les visages beaucoup d'appréhension pour nous. Une centaine de mètres plus loin et il n'y avais personne dans le rue, en dehors de la Montmirail, les RMT et de la Résistance. Devant nous, la rue était complètement vide, sauf un ou deux camions qui brûlaient, ainsi que des voitures civiles. Il y a eu une brève commotion à laquelle Montmirail n'a pas pris part. Nous nous attendions à être attaqués, mais, en avançant vers un carrefour, des hommes avec un brassard ont parlé au Lieutenant qui, comme toujours avait la tourelle ouverte et il nous a dit que les allemands n'étaient plus là et nous sommes revenus à l'Hôtel de Ville.

Nous avons fait demi-tour très peu de temps après pour prendre la route par laquelle nous étions venu. C'était la folie. Il y avait encore plus de monde dans les rues, tout le monde criait, nous saluait avec leurs bras et nous répondions comme des gladiateurs au retour du combat. Nous sommes allé directement à la Hôtel de Ville en procession avec nos camarades du RMT et de la Résistance. Le Montmirail n'avait rien fait mais il était avec les vainqueurs. C'était un accueil complètement fou !

Arrivé à l'Hôtel de Ville nous avons trouvé le Champaubert et avons attendu le Romilly. Quand il est revenu, Henri Caron n'était pas en tourelle. Peu de temps après, nous avons appris que l'Adjudant Caron avait été blessé et évacué sur un hôpital. Caron, à proximité de la rue des Archives, était sorti du Romilly pour mieux voir le terrain devant lui avant de risquer son char, et son équipage l'a vu tomber en recevant une rafale de mitrailleuse ou de mitraillette, venant d'une entrée de métro. C'était une très mauvaise nouvelle, mais il était vivant et c'était le principal. C'était un volontaire de 40. [Les fascistes avaient mit feu aux archives de la ville et Romilly avait pour mission de protéger les pompiers des tireurs. Caron avait été prévenue qu'un char allemand attendait prêt à attaquer au coin de la rue. Il y est allé, il s'agissait d'un Panther. Armé avec un PM, il est parti du Romilly afin de s'occuper du Panther. Un tireur lâche, caché dans une bouche de Métro, le toucha à la cuisse.]

Vers la fin de la matinée il est venu une foule considérable à la Place d'Hôtel de Ville mais, tout au tour seulement. Des prisonniers allemands arrivaient à pied avec des soldats autour d'eux mais la foule se bousculait pour attendre les allemandes. A un moment il est arrivé un groupe d'officiers allemands et ils ont reçu des pierres et des coups de tout côté malgré la protection de leur escorte. A un moment un homme avec un revolver est venu en courant vers les allemands a mis son pistolet contre sa tête et l'a tué. Tout la cruauté de la guerre était là, je devais la revoir bien des fois. Je n'aimais pas ce que je voyais.

25 Août 1944, Gaston et Odette se rencontre, Place de la Sorbonne

Image : 25 Août 1944, Gaston et Odette se rencontre, Place de la Sorbonne.

Au cours de la matinée, les cloches se sont remises à sonner, on en entendait de tous les côtés.

[Fin de page 43 de cette liasse des notes. 3 pages suivantes perdues.]

Puis, n'ayant plus rien à faire à l'Hôtel de Ville, nous sommes allés rejoindre le reste de la Compagnie qui se battait au Luxembourg. Nous avons atteint la Place de la Sorbonne. C'était la Saint-Louis, fête du Lieutenant qui était ravi. D'ailleurs, c'était la fête partout. Nous distribuions nos réserves aux enfants. A un moment, il y a eu une rafale de mitraillette et les balles ricochaient sur les pavés. Par réflexe, j'ai poussé brusquement un petit gars et une jeune fille avec qui je conversais, sur le côté du Montmirail en les protégeant de mon corps. [Suivant l'attaque Lieutenant Michard a grimpé sur le dôme de la Sorbonne pour repérer les tireurs ennemis. Vraiment un acte de bravoure] Tout s'est arrêté et j'ai repris la conversation. Nous étions assis sur l'avant de Montmirail et un passant nous a pris en photo. Il m'a demandé mon adresse militaire et a eu la gentillesse de m'envoyer la photo. En octobre 45, j'ai épousé cette jeune fille et nous avons toujours ce précieux souvenir de la Sorbonne.

Nous avons appris une autre mauvaise nouvelle: l'Adjudant Corler, lui aussi un volontaire de 40, avait été tué sur un balcon en observant le Luxembourg. J'ai dit, le soir, à la jeune fille de rentrer chez elle et je lui ai donné mon casque pour la protéger.

Dans la nuit, il a été difficile de dormir car, au coin de la Place de la Sorbonne et du Boulevard St. Michel, il y avait une librairie avec, en vitrine, des titres allemands ou de collaborateurs. Ces vitrines ont été brisées et les livres brûlés. Le lendemain matin, j'ai voulu aller me faire raser chez un coiffeur, un vieux monsieur m'a offert sa place et un autre m'a payé une coupe de cheveux. C'était la belle vie !

Nous sommes partis pour les Tuileries et, dans la matinée, la jeune fille est venue avec le petit garçon, pour me rendre mon casque. Et nous nous sommes dit au revoir pour la deuxième fois. La Compagnie est allée au Bois de Boulogne et nous nous sommes revus presque chaque jour. La petite jeune fille était devenue membre de l'équipage. Inévitablement nous avions souvent des visiteurs au Bois de Boulogne et parmi eux étaient M. et Mme Gandon qui sont aussi photographiés avec l'équipage du Montmirail. Ils venaient nous voir tous les jours et nous apportaient des fleurs, des friandises.

Montmirail au Bois de Boulogne. En haut Mme Gandon, Louis Michard. Standing G à D Gaston Eve, Odette Lampin, Paul Lhopital, Marc Casanova, M. Gandon, Etienne Florkowski, Sergent Commeinhes (269kb)

Image : Montmirail au Bois de Boulogne. En haut Mme Gandon, Louis Michard. Debout, G à D Gaston Eve, Odette Lampin, Paul Lhopital, Marc Casanova, M. Gandon, Etienne Florkowski, Sergent Georges Commeinhes.

Au Bois de Boulogne nous avons accueilli des volontaires pour combler nos rangs. Il est venu un jeune homme qui devais avoir 17, 18 ans nommée Jean de Valroger. Il semblait ne pas avoir d'aptitude militaire du tout, mais il avait du courage et, il n'allait pas céder. Il a fait le reste de la campagne avec nous. Un jour sa mère est venue le trouver et elle n'était pas contente que son fils soit avec nous. Quand elle est partie elle a eu le malheur de dire à son fils «Fait bien attention mon petit minet». Le nom "Minet" est resté.

Un autre qui est venu nous rejoindre était Sergent Commeinhes qui était un sergent de chars en 1939. Il était parisien et était un homme très gai et très camarade. Il tenait a être avec nous. Au bout de quelques jours il a vu que la jeune fille était souvent en conversation avec moi. De ce moment j'ai été nommé "Milord" et elle "Milorine". Il avait des amis anglais avant la guerre. En quelques jours il faisait complètement partie de la compagnie et a été sur le char du Capitaine de Witasse. Trois mois plus tard il est mort ayant reçu une balle dans la tête à Fort Kléber, Strasbourg. Nous avions perdu notre "Petit Parisien", ainsi nommé par Milord et Milorine !

Montereau II et Arcis Sur Aube, nous ont rejoints et la Section s'est trouvée au complet. Le Lieutenant est allé voir Caron à l'hôpital, on avait été obligé de l'amputer et il se trouvait très faible. Après plusieurs visites, il nous a rassemblés et nous a dit, d'une voix très basse, que Henri Caron était mort et nous sommes restés longtemps silencieux. La mort de Caron était un coup très dur pour la Section. C'est lui qui avait fait de nous les professionnels que nous étions devenus. Ce fut une grande épreuve pour le Lieutenant Michard car tous deux s'entendaient parfaitement et il existait entre eux une véritable affection. Seul, le Lieutenant a pu assister aux obsèques.

C'est triste à dire, mais nous acceptions la mort de nos camarades comme inévitable. Notre coeur restait avec eux, mais la souffrance aurait été trop grande si nous avions constamment pensé à eux.

Il y a eu deux défilés à Paris et ça été deux très belles occasions. Quoiqu'ils n'aient rien fait de plus que les autres chars, Montmirail, Romilly et Champaubert était très fêté.

Vers la mi-septembre nous avons repris la route et les beaux jours sont passés. Nous avons repris notre vie normale. Quand nous avons quitté Paris, la petite jeune fille était là et je lui ai donné tout mon argent. J'ai dû la réconforter en lui disant que ce n'était pas la peine que l'argent soit brûlé sur moi s'il arrivait quelque chose au Montmirail. Notre départ vers l'Est a été une véritable randonnée car le front se trouvait maintenant loin de Paris. Le déplacement fut très rapide et avec l'organisation superbe, propre à la DB.



Gaston Eve.          << PRECEDENT          SUIVANT >>