HOME PAGE (ANGLO-FRENCH)
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Note générale:
En janvier 1945 la 1ère Armée Française du Général de Lattre, qui battaient la longueur entier de France, avait entouré un grand nombre d'allemands dans la "Poche de Colmar". La défense allemande était très forte. Pour empêcher les Allemands de s'échapper de la poche et menaçant l'avance alliée en Allemagne, il était essentiel de prendre les villages à l'est, vers Markolsheim, y compris Grussenheim. Général Haislip a appuyé les Forces Françaises Libres et avait développé des relations d'amitié avec Leclerc, en dépit de ses occasionnelles incursions non autorisées. Haislip a bien compris les mauvais relations entre l'Armée Française régulière et les Français Libres, mais il acceptait de donner (temporairement) une partie de 501ème RCC et quelques RMT à aider le Général de Lattre. Les Français Libres étaient mutilés sévèrement. Les unités d'infanterie de la 1ère Armée Française qui ont été censées aider le FFL libérer le village ne sont jamais arrivées. On a constaté plus tard qu'elles ne sont pas arrivés parce qu'elles avaient pas de bottes !
La Deuxième Compagnie Chars a inclus:
Section de Commande: 2 chars, un half-track par radio, une jeep et une section de moto.
Section de Ravitaillement: 4 camions (munitions, carburant, bureau, et un camion de réserve en remorquage un petit canon), et un Half-Track de dépanneuse.
Il y avait trois Sections de chars, chaque Section avait un char de commande.
Montmirail était char de commande de la Première Section
La veille du départ pour la Normandie la compagnie a reçu un Sherman supplémentaire, armé avec un canon de 105mm. Ils l'ont baptisé La Moscowa et a été attribuée à la Section de Commande. Par conséquent la force de compagnie était forte de 18 chars.
L'équipage de MONTMIRAIL:
Lieutenant Louis Michard, Commandant de char (et Section);
Sgt Étienne FIorkowski, Tireur;
André Mengual, Radio et Chargeur; (remplacé Paul Lhopital, blessé 24 août à Paris)
Sgt Gaston Eve, Pilote;
Marc Casanova, Aide-Pilote.
L'équipage de l'ARCIS-SUR-AUBE:
Sergent Julien Vergnory, Commandant de char;
Roland Hoerdt, Tireur;
Jean de Valroger, Radio et Chargeur;
Sergent René Tracqui, Pilote;
Pierre Régnier, Aide-pilote.
Notes Générale entre les [ parenthèses carrées ] écrit par Marc Eve.
Journée du 27 janvier.
L'effectif de la 2ème Compagnie de 501ème RCC était fort réduit en chars. C'était de sept chars le matin du 27 janvier. De la Section Michard, il n'y avait plus que : Montmirail et Arcis Sur Aube. La 2ème Compagnie est partie de son point de départ vers midi, accompagnés de quelques half-tracks d'infanterie. Il faisait froid et il était tombé beaucoup de neige. Les chars avaient été peints en blanc depuis quelques temps. Chars et half-tracks sont partis en colonne sur une route qui était à l'arrière du front. Nous sommes arrivés au abord de Grussenheim environ une demi-heure plus tard. A ce moment, nos chars ont quitté la route et se sont avancés à travers champs vers le village. Nous sommes arrivés à un endroit où il y avait un char de la 3ème Compagnie qui avait été détruit. Le char portait tout le désordre des coups qu'il avait reçu et, l'évidence que certaines membres de l'équipage avaient survécu car les portes avant restaient ouvertes et un de nos camarades était resté allongé, sans mouvement sur le haut d'une tourelle. Nous sommes passés tout près et à 200 mètres plus loin, nous avons trouvé un très long canon allemand sur chenilles. Il avait immédiatement à sa droite une grande haie qui le cachait complètement. Le devant et l'autre côté étaient enfouis dans la neige et il était encore en camouflage d'été. Heureusement pour nous il avait été abandonné sans doute par l'action de la 3ème Compagnie. Il n'y a pas eu de relève car il n'y avait personne sur place.
Il y avait beaucoup de tirs d'armes de toutes sortes. Nous avons avancé sans dégâts jusqu'à un endroit où il y avait une haie très haute et épaisse qui nous séparait de Grussenheim. Cette haie montait jusqu'à hauteur de nos canons. Deux ou trois cent mètres plus loin, il y avait un bois au travers lequel on voyait le village de Grussenheim.
Nous avons reçu et rendu beaucoup de feu d'un part et d'autre et nous étions obligés de changer constamment d'emplacement pour ne pas être atteints. L'Infanterie était à côté de nous le long de la haie et était très active mais peu nombreuse. Les conditions nous permettaient de sortir des chars de temps en temps pour parler ou casser la croûte. A un moment, je suis monté sur l'arrière de Montmirail avec le lieutenant Michard pour mieux me rendre compte du terrain devant nous. J'ai vite compris qu'il devait être très éprouvé quand nous avons entendu des balles siffler. Quelques temps après quand nous marchions le long de la haie, nous avons trouvé une civière abandonnée. Nous l'avons pliée sur l'arrière du Montmirail, pensant qu'elle nous serait peut être utile pour dormir à tour de rôle, si l'occasion se présentait. J'ai profité d'un moment de calme pour aller voir le camarade allongé sur la tourelle d'un des chars de la 3ème Compagnie. Je suis monté sur le char [Le Chemin des Dames] et j'ai pu constater qu'il était mort. Je l'ai laissé surplace car je me suis fait prendre sous le feu des armes légères du haut de la tourelle. Ce camarade s'appelait Armand Mager et je l'avais connu à Camberley. Je crois que, comme moi, il était de père anglais.
La nuit est tombée sans que nous ayons beaucoup fait de progrès et nous sommes restés surplace par équipage. Nous avons continué à changer l'emplacement des chars de temps à autre. La nuit a été très froide et sans sommeil. La civière est restée sur l'arrière du char.
Les Allemands ont contre-attaqué très fortement deux fois pendant la nuit, mais nous les avons repoussés. Chaque attaque était illuminée par toutes sortes de fusées mais je ne sais de quel côté elles étaient lancées. Elles nous ont permis de nous défendre.
Journée du 28 janvier.
Quand le jour s'est levé, nous avons fait du café et mangé. Notre moral restait excellent, mais notre plus grand inconfort résidait dans les chaussures américaines qui prenaient l'eau et nous avions les pieds trempés.
Les premières heures de la matinée ont été très calmes.
Vers 9 ou 10 heures du matin, nous avons vu les trois autres chars de la compagnie s'avancer vers un pont qui menait à Grussenheim. C'était un pont qui avait à peu près la largeur d'un char. [ Mis sur le fleuve par les ingénieurs, plusieurs entre eux ont été blessé ] Dès que le char de tête s'est engagé sur le pont, un obus l'a frappé et il a été dé-chenillé. Il est resté sur place arrêtant tout progrès. Je crois que c'était l'Ulm. [ L'Ulm, de la 2ème Section de la 2ème Compagnie. Suivi vite par une autre victime, le Phoque, un "Tank Destroyer" de 2ème Section de 2ème Escadron RBFM. Un régiment formé des équipes Marine Français. ] Peu de temps après le Lieutenant Michard a rassemblé ses deux équipages et nous a dit que nous allions essayer d'entrer dans Grussenheim par une autre direction pour créer une diversion. Montmirail et Arcis Sur Aube avec deux ou trois HT [Half-Tracks] d'Infanterie ont rejoint la route qu'ils avaient quitté la veille pour trouver leurs nouveaux points de départ. Nous sommes allés à Jebsheim (je crois).
Il y avait là beaucoup de camions et autre matériel qui n'était pas à la 2 ème DB. Nous n'avons vu personne, ni un civil ni un militaire, pendant la traversée du village.
Nous nous sommes placés aux abords de Jebsheim, face à Grussenheim, que nous voyions au loin. Il y avait des maisons derrière et à gauche de nous et en face, face à Grussenheim, il y avait quelque chose comme une vigne qui était très haute et était maintenue par un cadre et plusieurs rangées de fils de fer. A notre droite il y avait une route qui allait en ligne droite sur Grussenheim. Il y avait des arbres le long de la route et à 300 ou 400 mètres à droite de celle-ci et sur toute la longueur de la route, Il y avait un bois très épais. D'où nous étions, nous pouvions voir l'endroit où étaient les deux autres chars et le peu d'infanterie qui devaient attaquer pendant nos diversion.
Nous sommes arrivés à notre point de départ vers midi. Le Lieutenant Michard nous a dit que nous partions à 13 heures exactement. Le jour était très clair et la visibilité bonne. Devant nous, était le terrain que nous devions traverser et, au bout, Grussenheim. Alors nous avons passé le temps à casser la croûte, arrosée d'un peu de vin que le lieutenant Michard avait trouvé dans une maison abandonnée. Nous avions très peu à nous dire l'un et l'autre, mais nous étions très calmes. Je pense que, comme moi, mes camarades ont réussi à faire face à l'inévitable avec détermination. Je me souviens que certains d'entre nous se sont serrés la main automatiquement car, c'était évidemment la fin de la route pour la compagnie.
Un peu avant 13 heures, le Lieutenant Michard nous a rassemblés et nous à répété ses instructions. Tracqui, qui pilotait Arcis Sur Aube et moi sur le Montmirail ont eu ordre de foncer sans arrêt jusqu'à Grussenheim. Ensuite, le lieutenant Michard a passé le bidon de cognac qu'il avait à la ceinture et chacun a bu un gorgée ou deux. Après quoi, il est parti pour couper le fil de fer de la vigne, en face d'Arcis-Sur-Aube et Montmirail, pour que nous passions, sans la déraciner et démolir son grand cadre.
A 13 heures, exactement, nous avons démarré, à toute vitesse et en ligne pour limiter l'objectif vu de la lisière du bois. Montmirail était tout à fait à droite, ensuite Arcis Sur Aube et ensuite les half-tracks. II y a eut un élément de surprise car, pendant les 300 premiers mètres, il n'y a eu aucune réaction de la lisière du bois. A partir de ce moment-là, tout a changé, et nous avons été l'objet de tirs considérables de la lisière de bois. Les obus qui arrivaient étaient manifestement des perforants car, devant Montmirail, il y avait des bouffées de neige, fait par chaque obus qui allait à terre, sans la grande explosion des obus explosifs.
La terrain était complétement découvert et, en regardent à ma gauche, je voyais les même bouffées de neige autour Arcis Sur Aube et les half-tracks. Quoique le terrain parût plat sous la couverture de neige, le Montmirail, marchant à toute vitesse, était en mouvement constant et souvent brusque, et nous ne pouvions répondre aux tirs ennemis. La vitesse des chars et les crochets, et la proximité des cannons allemande rendaient a rendu difficile la tâche des tireurs ennemis. Nous sommes tous arrivés indemnes, quoique vers la fin du trajet, nous étions pris de l'arrière.
Nous nous sommes mis hors de vue de la lisière du bois. Le Lieutenant Michard est descendu de Montmirail pour parler à l'Officier d'Infanterie et est revenu dans le char.
Dès le début, nous avons été sujets d'un tir des armes automatiques et de bazooka. Le feu, léger au début, s'est rapidement intensifié et nous avons été obligés de nous déplacer. Le danger était trop grand pour le Montmirail reste sur place et nous avons immédiatement commencé à faire la navette le long de Grussenheim sur un longueur de 100 à 150 mètres. Le très peu d'infanterie que nous avions ne pouvait pas s'établir et nous les voyions de temps à autre dans des conditions très difficiles et nous les soutenions ou ils nous soutenaient comme nous pouvions.
Dès le début, le Lieutenant Michard a été la cible de tireurs isolés. Comme d'habitude, sa tourelle restait ouverte. Il portait son casque de char et, par-dessus, un casque d'infanterie qui lui recouvrait la tête jusqu'au dessus des yeux. Sa hauteur lui permettait d'avoir les yeux juste au-dessus de la tourelle et de voir de tous les côtés. Ses ordres, sur l'intercom étaient toujours parlés calmement, jamais criés et étaient, et ont été constants. En tant que pilote, j'avais le temps de constater ce qui se passait. Parfois, quand le danger était évident, il me chuchotait presque ses ordres comme s'il pensait être entendu hors du char et notre man½uvre prévue par l'ennemi. A ces moments il y avait urgence calme dans sa voix, après quoi il disait «Bien» à son tireur, ou, à nous tous «II a fait chaud» ou quelque chose comme cela.
Rapidement, le premier vide d'obus a été dépensés de la tourelle et cela a été répété plusieurs fois dans l'après-midi. La tourelle tournait sans arrêt et Montmirail bougeait sans cesse. Nous recevions constamment des ordres et le temps, sans que nous le sachions, passait très vite.
Au bout d'environ une heure, l'attaque ne venant pas de notre gauche, et la présence de bazooka, d'un ou deux chars allemands et le feu d'armes automatiques se faisant de plus en plus sentir, le Lieutenant Michard a envoyé son premier appel par radio. Il a répété deux fois : «Sommes installés à la patte d'oie. Demandons renforts». J'ai entendu l'appel par mes écouteurs mais il n'y a pas eu de réponse. Nous avons continué à man½uvrer et à tirer ça et là.
Environ, 30 à 60 minutes plus tard, le Lieutenant a répété, avec le même calme, exactement le même message, deux ou trois fois, et il n'y a pas eu de réponse. Il n'y avait toujours pas d'attaque venant de notre gauche.
Pendant nos man½uvres, nous sommes passés, toujours aux abords de Grussenheim, à côté de notre infanterie et le Lieutenant a parlé avec l'officier d'infanterie. Je ne sais pas que lui a dit. Après quoi il m'a dit : « Plus vite mécano », et nous sommes retournés au carrefour (la patte d'oie) et d'avancer dans le village par la rue qui venait de Jebsheim. Une des maisons de cette rue brûlait et de la fumée venait de celle d'à côté. J'ai vu près de nous quelque uns de nos fantassins et il y avait beaucoup de tirs d'un côté et de l'autre. Le Montmirail est arrivé à une route transversale à celle dans laquelle nous étions. Le Lieutenant m'a dit d'avance très doucement et de regarder à ma gauche. De ma position, j'ai vu un char allemand qui était de face, mais dont la tourelle n'était pas tout à fait dans notre ligne. J'ai fait une brusque marche arrière et j'ai prévenu le Lieutenant
Un peu de temps après, le Lieutenant m'a dit d'avancer à nouveau très lentement. Le char allemand n'était pas là, et nous avons eu juste le temps de voir le bout de son canon disparaître. Il faisait marche arrière dans la rue perpendiculaire à la notre. Nos deux chars étaient séparés par deux rangées de maisons. Comme nous ne pouvions pas nous mettre dans sa ligne de tir, le Lieutenant Michard m'a dit de faire marche arrière dans la rue d'où nous étions sortis. Il a dit à Lhopital de charger à perforant et à Florkowski de faire tourelle à gauche. Nous avons tiré à perforant à travers les maisons pour avoir le char allemand de côté. Les événements suivants ont prouvé que cela avait été sans succès. Après cela nous sommes restés dans Grussenheim en man½uvrant de place en place mais sans aller jusqu'à la rue dans laquelle nous avions vu le char allemand attendait de nous passions.
Notre situation était intenable car nous avions toujours trop peu d'infanterie. Le Lieutenant Michard nous a dit que nous allions essayer de prendre le char ennemi par l'arrière, et le Montmirail est reparti au croisement à l'entrée du village. Avant d'y arriver, nous avons entendu des explosions très sèches de combat entre chars. Nous avons appris que c'était Arcis Sur Aube qui se battait contre un char allemand. Le lieutenant Michard m'a donné une direction et nous sommes arrivés à un endroit où, pendant un second, nous avons vu le coin arrière d'un char allemand disparaître derrière un mur qu'il avait démoli pour s'échapper.
Quelques minutes plus tard, nous avons vu deux chars allemands qui battaient en retraite de Grussenheim. Ils étaient assez loin et ont disparu sans que nous puissions les toucher. Cela nous a beaucoup encouragés.
Il n'y avait toujours pas le signe de l'attaque prévue de l'autre côté du village. Il y avait environ trois heures que nous étions là. Notre tourelle tournait de plus en plus lentement car les batteries commençaient à faiblir. Le Lieutenant parlait soit avec le chef de char d'Arcis Sur Aube, soit avec l'Officier d'Infanterie. Nous sommes repartis en navette et le Montmirail s'est retrouvé au carrefour que nous connaissions bien. Le Lieutenant était très calme et très maître de lui-même et de la situation qui était devenue plus favorable. Il m'a dit de pénétrer dans le village et j'ai tourné le Montmirail en direction de la rue qui nous menait à l'intérieur du village et que nous avons déjà prise.
A ce moment-là, j'ai entendu un «Tourelle à droite» très calme mais très définitif. J'ai tourné mon périscope pour voir ce qu'il se passait. J'ai vu un Allemand au milieu de la route, qui était à notre droite. Il avait en vue tout le côté du Montmirail. Il avait un genou à terre et avait un bazooka sur son épaule. Il a tiré pendant que notre tourelle tournait et a eu le temps de sauter derrière un mur. Notre explosif a percuté juste l'endroit où il avait été. Avec le tir du bazooka, il y a eu une commotion dans la tourelle et une petite secousse. Le lieutenant Michard était complètement dans la tourelle, un peu secoué mais pas blessé. Il dit que nous avions pris un coup sur la tourelle, exactement au même endroit que dans la Forêt d'Écouves. En fait, quoique l'allemand ait été à 30 à 40 mètres de nous, il avait tiré trop haut et avait touché et arraché la toute petite coupole qui formait une entrée d'air en haut du Montmirail.
Le coup avait déréglé notre tourelle qui ne tournait plus maintenant qu'à la main. Le Lieutenant m'a guidé en marche arrière, mais dès la début de cette man½uvre, je n'ai pu recevoir d'ordres. Je me suis tourné pour regarder dans la tourelle et j'ai vu que le lieutenant était debout. Il avait ses deux bras croisés sur la culasse du canon et sa tête appuyée sur ses bras. Il y avait un tout petit filet de sang qui coulait de sa tempe. Il avait dû avoir un moment d'inattention en me guidant.
Mon jeune co-pilote, Casanova, est immédiatement sorti du Montmirail pour monter sur la tourelle et aider le lieutenant. Étant debout sur le char, il a eu la chance d'être raté par une rafale et a dû sauter dans sa place. Notre tireur, Florkowski, m'a dit de faire marche arrière et m'a guidé jusqu'à ce que le char soit le long d'un mur qui montait à environ mi-tourelle. Il a dit à Casanova de venir dans la tourelle où le Lieutenant était toujours debout et m'a dit de venir sur la tourelle pour tirer. Ils ont poussé le lieutenant et je me suis mis debout sur la tourelle et j'ai mis mes bras sous ses épaules. Nous avions du mal à le soulever. Il y avait une petite marche à l'intérieur de la tourelle sur laquelle on mettait un pied pour sortir ou rentrer. Un de mes camarades a mis le pied du lieutenant sur la marche et lui a dit de pousser ce qu'il a fait sans rien dire. De ce fait nous avons pu mettre toujours debout, sur le côté avant du char où un de mes camarades m'a rejoint pour m'aider à le descendre sous un tir d'armes qui nous a tous trois manqués.
Le lieutenant avait les yeux fermés et ils sont restés fermés tout le temps qu'il a été avec nous. Il ne se plaignait pas du tout, semblait n'avoir aucun mal et n'a jamais porté la main à sa tête.
J'ai continué à le maintenir par les épaules et mon camarade (Je ne me rappelle plus lequel) lui a tenu les jambes. Le feu d'armes que nous subissions nous a obligé à précipiter et, pendant la descente, le Lieutenant a perdu deux gros morceaux de cervelle. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous avons vu qu'il avait un grand trou derrière la tête, assez près du cou. Une fois à terre, nous étions tous hors de danger. Nous avons déplié la civière qui était resté sur l'arrière du Montmirail et avons mis un pansement autour de la tête du lieutenant, après quoi nous l'avons allongé.
Je suis resté à côte de lui et me suis assis. Après quelques moments, sans que je lui parle, il a dit : «Sauvez-moi». Comme il avait les yeux fermés, je lui ai dit : «C'est Eve qui vous parle. Vous êtes hors du char, vous êtes sauvé». (J'ai hésité à écrire cela et je le regrette un peu car le lecteur peut s'imaginer que le lieutenant Michard ne pensait qu'à lui même. C'est ne pas le cas. Il était avant sa mobilisation en 1939 clerc minoré et il avait un croyance et une foi profonde. Sur le moment, j'ai pensé et cru qu'il s'adressait à moi et je lui ai parlé en réponse. Mais il est très possible qu'avec sa grande Foi, le «Sauvez moi» était adressé au Dieu qu'il aimait tant.)
Un peu plus tard, quand je parlai avec quelqu'un à côté, le lieutenant s'est assis sur la civière et a essayé de se mettre debout. Il a dit, de nouveau, «Sauvez-moi». Je lui ai répété qu'il était sauvé et l'ai aidé à s'allonger. Cela paraît incroyable, mais il n'y avait toujours qu'un petit filet de sang sur sa joue et rien ni sur ses habits ni sur le civière. Arcis Sur Aube, l'infanterie et les half-tracks étaient réunis à côté du Montmirail et je ne sais comment tout cela a été fait. Un des half-tracks est venu près du Montmirail car il avait été décidé que nous restions et que le lieutenant et quelques blessés allaient être évacués par half-track. Nous n'avions pas de secours avec nous. Nous avons chargé la civière dans le half-track avec d'autres blessés, et il est parti à toute allure vers Jebsheim, encerclé d'éclats d'obus. Je l'ai vu entrer dans Jebsheim et, à ce moment là, j'ai vu un ou deux de nos chars qui semblaient arrêtés aux abords de Jebsheim, juste à côté de la route qui menait à Grussenheim. Nous sommes remontés sur Montmirail. Florkowski était chef de char et je ne sais pas qui était tireur entre Casanova et Lhopital.
Je ne sais pas ce qui s'est passé après ça. Peu de temps après, Florkowski m'a dit que nous repartions sur Jebsheim et du fait, Montmirail, Arcis Sur Aube et les half-tracks sont repartis à toute vitesse, sans être touchés par les tirs qui nous encadraient. Je n'ai pas vu les chars qui allaient nous remplacer mais quand je suis sortis du Montmirail j'ai vu qu'ils étaient aux abords de Grussenheim.
Il pouvait être 16 h 30 et on voyait que la nuit approchait. Nous sommes sortis de nos chars et half-tracks derrière la vigne, à l'endroit où nous étions partis. Nous avions un petit drapeau français avec un croix de Lorraine que notre marraine de guerre nous avait donné à Rabat. Nous ne l'avons pas porté depuis la libération de Paris et nous l'avons piqué à l'endroit prévu sur la tourelle du Montmirail toute de suite, en signe de défaillance sans doute.
Peu de temps après le Capitaine de Witasse [ Commandant de 2ème Compagnie 501 RCC ] est venu vers le Montmirail où il s'attendait à voir le lieutenant Michard. Nous lui avons dit qu'il avait eu une balle dans la tête. Il nous a appris alors que le Lieutenant de la Bourdonnaye [ Commandant de la première section ] avait été tué et que l'aspirant sur l'autre char avait été blessé. [ Le capitaine a fait référence à Aspirant Richardeau, Commandant de la 2ème Section. ]
Après un moment, il nous a regardé et a dit : «Plus un Officier» et s'est mis à marcher autour du Montmirail et de l'Arcis Sur Aube, en baissant la tête et répétant «Plus un Officier». Il a fait trois ou quatre fois le tour des deux chars pendant que nous le regardions, puis s'est arrêté devant nous. Il nous a dit que le Lieutenant-Colonel Putz et un ou deux de ses Officiers avaient été tués par un obus. Je ne pu que penser à cela et a la mort du Lieutenant de la Bourdonnaye qui a rendu impossible l'attaque pour laquelle nous étions en diversion.
Le Capitaine de Witasse nous a dit de nous reposer pour la nuit à Jebsheim, puis il est reparti vers Grussenheim. Quand J'ai voulu mettre les moteurs de Montmirail en route, cela a été impossible car nos batteries étaient à plat. Ça été un triste moment et le Montmirail a dû être remorqué.
Le lendemain, le front était loin de là. J'ai allé voir un médecin au poste de secours. C'était un docteur que j'avais connu en Afrique et qui connaissait le Lieutenant Michard. Il nous a dit qu'il avait été évacué vivant mais qu'il était mort dans la nuit. Il nous a dit que même s'il avait survécu, il aurait eu une incapacité complète et n'aurait reconnu personne. Le Lieutenant Michard avait été mortellement blessé dans les derniers instants du notre combat de notre guerre.
Image : Montmirail le lendemain matin avec petit fanion français. André Mengual en haut Étienne Florkowski à gauche.
La Compagnie est rentrée le lendemain à Sélestat.
Peu de temps après, le Général Leclerc est venu nous voir. Je me souviens que nous sommes allés sur le trottoir devant la maison où nous étions. Nous étions quinze à vingt. Nos chars n'étaient pas là. Il y a eu un simple Garde-à-Vous dans la rue. Le Général Leclerc nous a parlé très simplement. L'ambiance était fière mais triste : nous étions tellement peu ! En dépit de toute notre volonté, nous savions que nous n'étions plus en état de combattre pour le présent.
Pensant que le Lieutenant devait être enterré dans les environs, nous avons fait faire une croix de bois pour aller là mettre sur sa tombe. L'inscription était simple:
«Lieutenant Louis Michard. 28.1.45. F.F.L.»
Quoique nous soyons restés dans la région une semaine ou deux, il nous a été impossible d'établir où il était enterré. Nous avons gardé la croix dans le Montmirail pensant là placer un jour. Avant de partir pour l'Allemand nous avons brûlé la croix dans un champ français.
Grussenheim fut notre dernier combat et le Lieutenant Michard a été mortellement blessé dans les dix à quinze dernières minutes du combat et mon récit a été écrit avec un souvenir qui reste clair et dévoué, par le Pilote du char du Lieutenant Michard, avec qui il a fait équipage de février 1941 au 28 janvier 1945.
Gaston Eve, 21 et 22 février 1982.
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( Les derniers notes de la journal intime de Gaston. )
22 Janvier 1945: Sélestat.
23 Janvier 1945: Il se prepare quelque chose.
24 Janvier 1945: Sélestat.
27 Janvier 1945: Partons pour l'attaque de bon matin. Beaucoup de chars détruit beaucoup de neige et les boches se défendent plus que d'habitude.
28 Janvier 1945: Lt. Michard tué. Montmirail, Arcis Sur Aube attaquent seul. Vie inimaginable, extrêmement dure mais nous tenons ce que nous avons gagné.
29 Janvier 1945: Grussenheim. Relévé par le 5eme DB. Cette fois ceci c'est fini, tout le monde épuisé. Avons fait attaque à 6 chars sur 17 et ne restons plus que quatre chars et sur ces quatre chars il reste 2 chefs de chars.
31 Janvier 1945: Sélestat. Sommes usé jusqu'au bout cette fois ci. Compagnie décimié et plus la même volonté. Générale Leclerc viens, nous féliciter, quatre équipages.
01 Fevrier 1945: Sélestat.
02 Fevrier 1945: Relévé. C'est le grand répos.
03 Fevrier 1945: Geispolsheim.
09 Fevrier 1945: Montmirail se renverse, pas de chance mais pour le nul.
11 Fevrier 1945: Lorraine prés de Metz il n'est plus question de répos. Morale mauvais surtout mes camarades mais ça va. Je suis enragé et j'ai la vengeance dans le coeur.
13 Fevrier 1945: Prés du front.
14 Fevrier 1945: Nous attaquerons pas, il faut simplement que nous soyon là a support.
15 Fevrier 1945: Arrière.
[No further diary entries after 15 February]
[ 16 Fevrier - 24 Avril 1945: Malheureusement la rédaction de Gaston se termine ici. Émile Fray (de l'équipe de Montereau et Montereau 2) me dit que les équipages ont été envoyés au Camp D'Avord à Bourges pour enseigner recrues et à former de nouveaux équipages. J'ai reconstruit le reste de l'histoire des pages manuscrites de l'Obersalzberg père m'a envoyé, quelques pages brouillon de notes et de deux de ses lettres.]